ENTRE L’ORIENT ET L’OCCIDENT (1ère partie)
ENTRE L’ORIENT ET L’OCCIDENT (1ère partie)
ENTRE L’ORIENT ET L’OCCIDENT (1ère partie)
L’illustre poète anglais, Rudyard Kipling, a écrit : « L’orient est l’orient et l’Occident est l’Occident, et jamais ils ne se rencontreront. » Ce sont les mots d’un poète de notre siècle, mais l’idée qu’ils expriment a dominé l’Orient aussi bien que l’Occident depuis de nombreuses années et elle est profondément enracinée dans leurs philosophies et dans leurs littératures respectives.
Il s’est passé dans ce cas, exactement ce qui se passe partout ailleurs ; certaines idées et certaines lignes de pensée apparaissent dans une société, jouent leur rôle par l’orientation qu’elles donnent à ses attitudes et à ses prédilections, puis vient un poète ou un auteur littéraire qui les exprime en des mots d’une beauté durable qui leur assure une audience et leur donne une valeur de référence.
C’est ce qui semble s’être produit avec les fameux vers de Kipling. Il a condensé en quelques mots une idée acceptée depuis longtemps par l’Orient ainsi que par l’Occident et ce faisant, a accentué encore le sens de cette maxime. On peut même affirmer que jamais une expression littéraire ou poétique a pu nuire autant au bien de l’humanité que cette idée d’une perpétuelle division de la famille humaine en Orient et en Occident.
Malgré leur simplicité et leur apparente innocence, les mots de Kipling ont largement contribué à ce que le monde entier considère l’Orient et l’Occident comme deux entités hostiles que jamais ne pourront être unies.
Si jamais l’Orient et l’Occident devaient un jour se rencontrer, ce ne pourrait être que sur un champ de bataille, et s’ils devait se retrouver ailleurs, ce serait pour échanger des injures. C’est ce que furent l’Orient et l’Occident pendant plusieurs siècles. Ils sont demeurés séparés, ignorants l’un de l’autre ou n’en ayant qu’une connaissance extrêmement superficielle, tâchant de ne voir dans la vie de leur rival que les aspects pouvant démontrer sa faiblesse et sa laideur et non sa force et sa beauté. Leur conduite mutuelle n’a été que doute et suspicion, dédain et mépris.
Quelles qu’aient pu en être les raisons, il demeurent évident que l’Orient, de par sa personnalité et de par son message, est resté isolé de l’Occident et vice versa. Chacune de leurs rencontres s’est passée dans une atmosphère de suspicion et de doute, d’amertume et de haine. Il est bien rare que l’Orient et l’Occident se soient trouvés unis en vue du plus grand bien de l’humanité et dans l’intention de construire une civilisation idéale. On les trouve assez peu disposés l’un et l’autre à tirer mutuellement profit de leurs aptitudes particulières ou à échanger leurs talents et leur savoir.
L’Orient a continué son œuvre dans sa propre région, guidé par son tempérament particulier levé au ferment de la religion, inspiré par de nobles prophètes et nourri par un perpétuel mouvement spirituel.
L’Orient s’est intéressé à l’« homme » plus qu’a ce qui entoure l’homme. L’Orient a concentré toute son attention et son intelligence, son génie et sa volonté sur l’homme ; il s’est appliqué à découvrir ses infinies secrets et à scruter les profondeurs insondées de sa nature. Il s’est appliqué a mettre en lumière ses capacités et les potentialités qui dorment en lui, à orienter ses tendances et ses inclinations, à épurer et réformer ses mœurs sans lesquelles la vie de l’homme ne peut avoir de base saine. Tous les prophètes de Dieu - que la paix soit avec eux - dans leurs temps respectifs, et en dernier lieu le Prophète Muhammad (SBDL), ont entrepris de purifier l’homme, de mobiliser dans toute la mesure du possible les aptitudes inhérentes à son espèce, ce que n’avaient jamais pu faire ni la philosophie, ni la psychologie, ni aucune discipline intellectuelle. En fait, elles n’avaient même pas été capables d’en saisir les dimensions.
Les prophètes surent éveiller ces aptitudes et les mobiliser et s’efforcèrent en outre de les orienter vers le bien de l’individu ainsi que vers celui de l’humanité toute entière ; ils mirent alors à jour les trésors qui reposent en lui, lui donnant ainsi la lumière, la vie et la connaissance, l’amour et la confiance, la volonté dans la décision, la joie et le bonheur – toutes choses qui le mettaient en mesure de découvrir la véritable source de la vie, du pouvoir et de l’ordre dans l’univers. Ce qui lui permet également de considérer l’univers non pas divisé en d’innombrables éléments en lutte les uns contre les autres mais comme un domaine gouverné par une volonté unique, omnipotente et miséricordieuse.
« Car, en vérité, à Lui est toute Création et tout Commandement. Béni soit Dieu, le Maître des mondes » Coran 7/54
« Le Seigneur de l’Orient et de l’Occident. Il n’y a point de Dieu sinon Lui. Prends-Le donc comme Protecteur. » Coran 73/9
Ainsi, par cette fenêtre, ouverte par les prophètes de Dieu – que la paix soit avec eux - l’homme a pu contempler sa propre image et celle de son espèce. Et Dieu lui-même déclare :
« Nous avons crée l’homme dans la forme la plus parfaite » Coran 95/4
Ces enseignement ont permis à l’homme de se rendre compte que les distinction entre les membres de la famille humaine fondées sur des différences de couleur, de territoires, de nationalité ou de fortune sont un héritage de l’ignorance ; car l’homme a entendu le Prophète Muhammad (SBDL) proclamer au grand jour devant les multitudes ; « Ô Hommes ! Vous venez tous d’Adam et Adam est fait d’argile. Un Arabe n’a aucune supériorité sur un non-Arabe ni un non-Arabe sur un Arabe ; pas plus qu’un blanc sur un noir ou un noir sur un blanc, sauf par la piété de chacun. » Et Dieu dit :
« Ô hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle et Nous vous avons groupés en peuples et en tribus afin que vous vous connaissiez les uns les autres. En vérité, le plus noble d’entre vous auprès de Dieu est le plus pieux des vôtres. Dieu est Savant, Connaisseur, vraiment. » Coran 49/13
En résumé, l’homme fut le pivot de toute l’activité des prophètes, le terrain choisi pour y jeter une noble semence dont ils ont pu récolter une riche moisson.
Cet article est le résumé d’une conférence donnée en arabe, le 11 octobre 1963, à l’Université de London Union, par le Dr Abul Hassan Ali Nadawi.










